Non aux vigiles de la pensée !

Publié le par RAPPEL

Le 7 juillet dernier, Alain Destexhe et Claude Demelenne publiaient dans le Soir une carte blanche intitulée « Voile : où sont les progressistes ? ». Suite à cela, plainte pour incitation à la haine religieuse a été déposée auprès du Centre pour l’égalité des chances par Abdelghani  Ben Moussa, coordinateur du groupe « Vigilance musulmane ».

 

Nous déclarons haut et fort que nous sommes solidaires des deux auteurs de la carte blanche. Elle n’exprime rien d’autre qu’une inquiétude légitime, partagée par beaucoup de nos concitoyens – quelles que soient leurs convictions religieuses ou leurs origines – devant la montée en force d’un « cléricalisme moyenâgeux maquillé en progressisme d’opérette » et du communautarisme.

Aujourd’hui, comme hier lors de l’affaire des caricatures danoises, c’est la liberté d’expression qui est en danger, prise en otage par ceux qui, drapés des habits de la tolérance et du respect, prétendent stigmatiser et museler quiconque a l’outrecuidance de penser autrement.

 

Pour couper court à ces manœuvres d’intimidation, vous aussi, réagissez : signez et faites signer cette carte blanche en guise de solidarité avec Claude Demelenne et Alain Destexhe.

Les noms des signataires (associations et particuliers) sont à envoyer à reseaulaicite@yahoo.fr.

 

Voile : où sont les progressistes ?

A priori, tout nous sépare. D’un côté, un parlementaire libéral. De l’autre, un journaliste de sensibilité socialiste. En pure logique manichéenne, jamais nous n’aurions dû cosigner cette carte blanche, puisque nous appartenons à des « camps » opposés. Tout nous sépare-t-il, vraiment ? Certainement pas l’engagement, qui devrait être commun à tous les démocrates, en faveur de l’émancipation des citoyens, de l’égalité hommes-femmes et de la neutralité de l’État. Nous partageons la même inquiétude parce que cet engagement subit des ratés de plus en plus fréquents. Une partie des démocrates le placent entre parenthèses. Sur la question du voile islamique et, plus largement, de l’immixtion croissante de cléricaux rétrogrades dans la sphère publique, leur position est ambiguë. Par naïveté, aveuglement ou électoralisme, certains progressistes autoproclamés – certaines « féministes » aussi – relaient les thèses des musulmans rigoristes cherchant à autoriser presque partout le port du voile islamique : à l’école, dans les entreprises, dans les administrations, au parlement…

Le cas de Mahinur Özdemir (CDH), première parlementaire en Europe à siéger voilée, est révélateur de la dérive de certains « progressistes ». Cette élue voilée « peut être un modèle pour l’émancipation des femmes », a déclaré sans rire la députée écologiste, étiquetée très à gauche, Zoé Genot. Quel contresens ! Au-delà de cette déclaration abracadabrantesque, le moins que l’on puisse écrire est que la gauche et le centre gauche ne sont pas en première ligne pour défendre les conquêtes laïques et les droits des femmes, contestés par les partisans d’un islam rétrograde. Sur la scène politique, seuls quelques élus réformateurs défendent publiquement une position progressiste et appellent un chat un chat : l’apparition du voile dans une assemblée parlementaire constitue en soi une régression démocratique et un message désastreux envoyé aux femmes qui n’ont d’autre choix que de le porter. La Belgique apparaît aujourd’hui comme un laboratoire pour les militants islamistes. À l’aide de leurs compagnons de route, vrais ou faux naïfs « de gauche », ils pourront mettre un peu plus encore la pression sur les femmes musulmanes, sommées de donner des gages de « respectabilité » et de « pudeur » en portant le voile.

Bien au-delà du cas Özdemir, nous voulons en revenir à l’essentiel, évacué par les partisans d’un relativisme culturel anti-humaniste. Quelle est la signification du voile ? L’essayiste d’origine iranienne Chahdortt Djavann en a fourni l’explication la plus limpide : « Le port du voile est l’emblème, le drapeau et la clé du système islamiste. C’est autour du voile qu’une société islamiste peut se créer. Le voile est le meilleur moyen de gagner du terrain pour les islamistes. Avec le voile, les femmes… sont les biens des hommes musulmans… Une fois mise sur le marché, la fille voilée ne peut être acquise que par un homme musulman. Voiler la femme, c’est donner à voir non seulement le marché du sexe, mais le système qui le sous-tend. “Voilà les femmes que nous avons et que vous n’aurez que si vous vous convertissez à l’islam” : ce message vient des islamistes et s’adresse à tous les hommes susceptibles de le recevoir, ne serait-ce que parce qu’ils circulent dans la rue ou prennent le métro. Le voile est le meilleur instrument du prosélytisme islamiste » (1). Partout dans le monde, des femmes musulmanes se battent pour sortir de ce système islamiste qui cherche à les maintenir dans un statut de sous-homme. « Beaucoup de femmes musulmanes, écrit le philosophe Abdennour Bidar, préfèrent un

islam du cœur, de la vie privée, refusant un voile, même léger, qui demeurera toujours comme un instrument de “marquage” qui laisse sur elles l’empreinte d’un pouvoir subi de la part des hommes » (2). Ce sont ces femmes musulmanes, courageuses et souvent héroïques, que méprisent, chez nous, ceux qui multiplient les concessions aux musulmans rétrogrades. Nous ne pouvons nous taire lorsque les compagnons de route des islamistes traitent de « racistes » ou d’« islamophobes » les démocrates qui veulent bétonner les conquêtes laïques et défendre le droit de toutes les femmes. Ce terrorisme intellectuel est d’autant plus insupportable qu’il est souvent pratiqué par des militants dits « progressistes » qui, lors de la manifestation pro-palestinienne du 11 janvier dernier, dans les rues de Bruxelles, ont défilé aux côtés d’islamistes encensant le Hamas et le Hezbollah, appelant à la guerre sainte et hurlant des slogans antisémites. Les donneurs de leçons devraient, parfois, se regarder dans un miroir. Nous regrettons que tant de démocrates, socialistes, écologistes, humanistes, féministes, s’autocensurent face à la montée du cléricalisme musulman ultraconservateur. Nous espérons que leur silence sera bientôt rompu. Nous savons que dans tous les partis, de très nombreux élus ne supportent plus la chape de plomb imposée par les compagnons de

route des islamistes. Nous savons qu’ils sont nombreux à déplorer, qu’à Bruxelles particulièrement, les mosquées et les imams conservateurs, interviennent de plus en plus vivement dans le débat politique. Au point qu’aujourd’hui, il est devenu malaisé, pour un candidat d’origine arabo-musulmane, d’être élu, à Bruxelles, sans certificat de « bon musulman ». Il suffit de passer au crible les élus (et les non-élus) d’origine arabo-musulmane de certains partis démocratiques bruxellois pour comprendre. C’est tout sauf un hasard si certains, défenseurs d’un islam pas vraiment éclairé, sont élus, et si d’autres, pas assez conformistes pour bénéficier du soutien des mosquées, restent en rade. Nous appelons à un débat au sein des assemblées parlementaires dès la rentrée. Nous appelons à un sursaut : démocrates de droite ou de gauche, cessons de faire l’autruche face au retour d’un cléricalisme moyenâgeux maquillé en progressisme d’opérette. Les droits de l’homme et surtout de la femme sont en jeu, appartenons tous au même camp.

(1) Que pense Allah de l’Europe ? , éd. Gallimard, 2004. (2) Libération , 29 juin 2009.

Claude Demelenne

Alain Destexhe

 

Le R.A.P.P.E.L. (Réseau d’Actions pour la Promotion d’un Etat Laïque)

Chemsi Cheref-Khan

Nadia Geerts

Pierre Efratas

Yvan Biefnot

Sam Touzani

Anne-Marie Roviello

Jacques Lemaire

Bahareh Dibadj

André Nayer

Jamila Si M’hammed

Gisèle De Meur

Pierre Van den Dungen

Philipp Bekaert

Elie Cogan

Guy Haarscher

Dominique Celis

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Commenter cet article

Claude de Marchin 11/09/2009 01:38

Il faut continuer à défendre les femmes et interdire le port du voile dans les écoles et sur les lieux de travail.Nous tenons à notre liberté et demandons à la classe politique de prendre ses responsabilités ,de ne pas avoir peur des "touche pas à mon pote". Nous offrons à tous les étrangers une vie bien plus agréable que chez eux alors nous leur demandons de nous respecter et de respecter notre pays en tous points et surtout s'ils sont devenus Belges.

oscarine HUSSON 27/08/2009 17:18

il est clair que je cosigne votre article, selon mes principes libre-exaministes, ainsi que et surtout en temps que femme, afin qu'un jour nos filles ne puissent nous reprocher d'avoir négligé les avancées que les combats de nos ainé(e)s ont pû nous apporter.

yvette elbaum 25/08/2009 12:13

Pour la population belge, hommes et femmes politiques confondus, il semblerait que la laïcité fut mal définie et donc extrêmement mal entendue.
Il y a confusion entre athée, agnostique et laïque; de là peut-être, la crainte et le refus d'une instauration au sein même des membres du gouvernement, d'un gouvernement laïque en Belgique.

Je me permettrai donc un petit rappel à divulguer largement.
Prenons le cadre de la religion catholique.
Ces derniers appellent clercs, les responsables du culte, prêtres, cardinaux, etc.. , et sont laïques, les adhérents qui suivent le culte.

La laïcité autorise donc irréfutablement de pouvoir vivre librement ses convictions propres, tant que cela reste une affaire privée.

Dans notre pays aux obédiences multiples, sachant que, dans le cas de certaines religions, le principe divin chapeaute la décision ultime au delà du droit humain, la convention qui veut qu'aucun signe de convictions religieuses ne soit visible dans le cadre d'une fonction publique est destiné à imposer et garantir la neutralité de pensée du fonctionnaire.

Cette visibilité de neutralité est impérative à tout préalable pour que, quel qu'il soit l'interlocuteur qui se présente à lui, tant le fonctionnaire que le quémandeur se sentent à l'aise dans les démarches à opérer dans le cadre de la fonction publique.

Sachant cela, il est donc du devoir des hommes et des femmes politiques d'éclaircir rapidement le terme laïque, préalable terminologique essentiel à tout dialogue.

En outre, décider de l'adoption d'un gouvernement laïque est essentiel au bon fonctionnement des institutions et à la préservation de la paix entre des populations aux obédiences extraordinairement diversifiées.

Faut-il encore en faire la preuve??...., quand nous voyons à quel point le publique fut sensible à l'incursion dans le parlement d'un signe d'appartenance religieuse et croyez-moi, c'eût été pareil si le peuple avait vu apparaitre une kipa, ou des gris-gris africains, ou bien même le voile d'une none.

Cela a mis la population en ébullition, et si rien n'est mis en route concernant l'affichage de tout signe d'appartenance religieuse, il est à craindre qu'un durcissement des relations s'installe entre la communauté qui affiche ce signe et les autres communautés.

N'oublions pas que le dialogue entre communautés est fragile et dépend souvent d'une situation clairement définie.
En cas de négligence de la part du politique, les relations de bon voisinage pourraient en pâtir durement.

Yvette Elbaum

Marie-Claire Bero 24/08/2009 19:44

Je suis tout à fait d’accord avec la « Carte Blanche ». Comment le CDH a-t-il osé faire entrer la religion et la politique de la charria (anti-démocratique et politique d’un autre temps) au sein même du Parlement par le voile islamiste ? N’est-ce pas exactement contraire à la Constitution belge de la séparation de l’église et de l’état ? Le CDH doit se retirer du Gouvernement car il ne respecte plus les lois du pays et n’a donc plus rien à faire à sa tête.

Lydie 24/08/2009 16:35

Je soutiens sans réserve la carte blanche de MM. Desthexe et Demelenne et les remercie de leur courage. Je suis scandalisée que l’on puisse considérer ce texte comme une incitation à la haine raciale.
Les commentateurs de ce blog et eux-mêmes ont-ils connaissance de l’effrayant discours prononcé par M. Shadid Malik, député travailliste, discours resté longtemps intraduit ? Il prédit, si les choses suivent leur cours, un parlement anglais tout entier musulman.
http://festivhank.blogspot.com/